Brandon Flynn : après Netflix, l’acteur qui refuse de rester prisonnier de son premier succès
Le visage que des millions de spectateurs ont voulu sauver
Il suffit parfois d’un rôle pour rendre un acteur célèbre. Il faut ensuite plusieurs années pour prouver qu’il ne se résume pas à lui. Brandon Flynn connaît parfaitement ce paradoxe. Pour des millions de spectateurs, il demeure Justin Foley, l’adolescent blessé de 13 Reasons Why. Un personnage bouleversant, construit sur la honte, la dépendance, la violence familiale et ce besoin presque désespéré d’être enfin choisi par quelqu’un.
Diffusée sur Netflix entre 2017 et 2020, la série a propulsé le jeune acteur américain au premier plan. Mais elle lui a également laissé un héritage encombrant : celui d’un personnage si intensément aimé que le public continue parfois de regarder Flynn à travers les blessures de Justin.
À 32 ans, l’acteur semble pourtant entrer dans la période la plus intéressante de son parcours. Théâtre new-yorkais, comédie horrifique, série grinçante et projet consacré à James Dean : Brandon Flynn ne cherche plus seulement à s’éloigner de 13 Reasons Why. Il construit méthodiquement une carrière dans laquelle aucune réussite ne pourra l’enfermer.
Justin Foley, un personnage plus grand que la série
Lorsque Brandon Flynn rejoint 13 Reasons Why, il possède encore une expérience limitée devant les caméras. Formé à la Mason Gross School of the Arts de l’université Rutgers, il vient du théâtre et considère déjà le jeu comme un travail physique, précis et collectif.
Justin Foley aurait pu rester le cliché du garçon populaire qui dissimule sa vulnérabilité derrière son assurance. Au fil des quatre saisons, Brandon Flynn transforme cependant ce personnage secondaire en l’un des centres émotionnels de la série.
Son jeu ne cherche pas constamment à provoquer les larmes. Il s’appuie sur des détails : une mâchoire crispée, un regard qui fuit, une façon de sourire au mauvais moment. Justin semble toujours sur le point de demander de l’aide, puis se ravise avant que les mots ne sortent.
La fin du personnage provoque une immense réaction chez les spectateurs. Pour certains, elle constitue l’un des moments les plus bouleversants de la série. Pour d’autres, elle ajoute inutilement une tragédie supplémentaire à un récit déjà profondément sombre.
Dans les deux cas, cette émotion confirme une chose : Flynn avait réussi à faire oublier l’interprète derrière le personnage.

Le choix du risque plutôt que celui de la facilité
Après une série aussi populaire, la trajectoire la plus évidente aurait été de multiplier les rôles de jeunes hommes tourmentés dans des productions destinées au même public.
Brandon Flynn prend une autre direction.
Il apparaît dans True Detective, puis rejoint l’univers stylisé de Ryan Murphy avec Ratched. Dans Manhunt, il participe à une reconstitution historique autour de la traque de John Wilkes Booth après l’assassinat d’Abraham Lincoln. Avec Hellraiser, il explore l’horreur, avant de se diriger vers une forme beaucoup plus ouvertement comique.
En 2025, The Parenting lui permet de jouer Josh, un homme qui organise avec son compagnon un week-end destiné à réunir leurs deux familles. La maison louée pour l’occasion se révèle hantée, transformant la rencontre familiale en comédie horrifique. Autour de Flynn et Nik Dodani, le film rassemble notamment Lisa Kudrow, Brian Cox, Edie Falco et Parker Posey.
Pour l’acteur, ce projet représentait surtout une possibilité longtemps attendue : celle d’être drôle. Après plusieurs rôles sombres dans 13 Reasons Why, Ratched, True Detective et Manhunt, il voulait montrer une légèreté que l’industrie lui avait rarement permis d’exprimer. Cero Magazine
Le théâtre pour retrouver le danger
Alors que de nombreux acteurs utilisent la scène comme une étape avant le cinéma, Brandon Flynn y retourne régulièrement. Le théâtre ne constitue pas pour lui un détour prestigieux, mais l’endroit où son métier retrouve sa part de danger.
En 2025, il incarne Marlon Brando dans Kowalski, une pièce inspirée de la rencontre entre le jeune acteur et Tennessee Williams avant la création d’Un tramway nommé Désir. Interpréter Brando aurait pu devenir un piège d’imitation. Flynn choisit plutôt d’explorer l’homme avant l’icône : son instinct, sa sensualité et sa résistance aux règles.
Début 2026, il remonte sur une scène Off-Broadway dans Data, de Matthew Libby, aux côtés de Sophia Lillis, Karan Brar et Justin H. Min. Il y incarne Jonah dans une histoire qui interroge le pouvoir des nouvelles technologies et les compromis moraux imposés par les entreprises qui les contrôlent. BroadwayWorld
Ces choix révèlent une stratégie artistique cohérente. Flynn ne recherche pas uniquement les personnages les plus visibles. Il choisit ceux qui lui demandent de modifier son rythme, sa voix ou sa manière d’occuper l’espace.
De nouvelles facettes à l’écran
L’année 2026 confirme cette volonté de diversification. Brandon Flynn rejoint Maximum Pleasure Guaranteed, une comédie noire portée par Tatiana Maslany, avec Jake Johnson, Dolly de Leon et Murray Bartlett. La série mêle crise personnelle, mystère et humour sombre dans un récit où une mère récemment divorcée se retrouve entraînée dans une affaire qu’elle ne maîtrise pas.
Il figure également au casting de The Last Temptation of Becky, nouvel épisode de la saga d’action menée par Lulu Wilson, aux côtés de Neil Patrick Harris et Kate Siegel.
Ces projets ne paraissent avoir aucun lien évident. C’est précisément ce qui les rend importants. Flynn semble désormais privilégier l’inattendu à la construction artificielle d’une image parfaitement lisible.
Le défi James Dean
Son projet le plus délicat reste cependant Willie and Jimmy Dean. Brandon Flynn doit y interpréter James Dean, mais pas celui que l’histoire du cinéma a figé dans son blouson rouge.
Inspiré du livre Surviving James Dean de William Bast, le film veut raconter la relation intime que l’auteur affirmait avoir vécue avec Dean lorsqu’ils étudiaient à UCLA. Flynn en sera également producteur exécutif.
Le projet ne cherche donc pas à fabriquer un nouveau monument autour de l’acteur de La Fureur de vivre. Il veut retrouver l’homme dissimulé derrière la légende, dans une époque où révéler une relation homosexuelle pouvait détruire une carrière avant même qu’elle ne commence. Brandon Flynn décrit le film comme une tentative de comprendre James Dean au-delà de l’icône et de restituer une partie longtemps effacée de son histoire. People
Être visible sans devenir une étiquette
Ouvert sur son identité et engagé en faveur de la représentation LGBTQ+, Brandon Flynn a souvent dû répondre à des questions que l’on pose beaucoup moins fréquemment aux acteurs hétérosexuels : quels rôles peut-il jouer, ce que son identité change à sa carrière ou s’il accepte de devenir un symbole.
Sa réponse passe surtout par son travail.
Il interprète des personnages gays, hétérosexuels, historiques, tragiques, drôles ou inquiétants sans demander que l’un d’eux devienne la définition de tous les autres.
Justin Foley lui a offert une reconnaissance internationale. Brandon Flynn ne renie pas cette histoire. Il refuse simplement d’y vivre éternellement.
Certains acteurs passent leur carrière à chercher le rôle qui les rendra inoubliables.
Lui possède déjà ce rôle. Son véritable défi consiste désormais à nous faire oublier que nous pensions le connaître.











