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Jérôme Commandeur : l’homme qui fait rire avant même d’avoir terminé sa phrase

Jérôme Commandeur : l’homme qui fait rire avant même d’avoir terminé sa phrase

Un humoriste qui ne cherche pas la formule parfaite

Jérôme Commandeur revient sur scène avec un titre qui ressemble davantage à une note laissée dans un carnet qu’à une grande déclaration : Tente des trucs. Au cas où. Tout son humour pourrait être résumé dans ces quelques mots. Une proposition faussement hésitante, une inquiétude immédiatement transformée en plaisanterie et cette manière très personnelle de présenter un travail considérable comme s’il venait simplement d’avoir une idée en attendant son train.

Après le succès de son troisième long métrage, T’as pas changé, et quelques représentations expérimentales données à guichets fermés en juin 2026, l’humoriste prépare une nouvelle tournée appelée à se prolonger en 2027. Sur l’affiche, presque aucune promesse : « Il a le trac, il sue, mais il est heureux. »

À 50 ans, Jérôme Commandeur ne se présente plus comme celui qui maîtrise parfaitement son métier. Il préfère retrouver l’inconfort du débutant. C’est probablement ce qui lui permet, après la radio, la télévision, les grandes salles et le cinéma, de conserver une drôlerie qui ne paraît jamais entièrement programmée.

Faire rire avec les gens qui ne savent pas qu’ils sont drôles

Jérôme Commandeur n’est pas un humoriste de slogans. Il construit rarement ses sketches autour d’une succession de phrases destinées à être partagées séparément sur les réseaux sociaux.

Son territoire se trouve ailleurs : dans les réunions trop longues, les conversations familiales, les messages vocaux interminables, les vacances en groupe ou les personnes qui donnent des conseils qu’elles ne suivent jamais elles-mêmes.

Il ne se contente pas d’imiter une voix. Il reconstitue une manière de respirer, une mauvaise foi, un rythme de parole et l’assurance particulière de celui qui ne doute jamais de ce qu’il raconte, même lorsqu’il ne connaît absolument pas le sujet.

Ses personnages nous font rire parce que nous les avons déjà rencontrés. Parfois, ils nous ressemblent même davantage que nous ne voudrions l’admettre.

Commandeur observe une France quotidienne qui ne se considère pas comme un spectacle : celle des cousins réunis autour d’un barbecue, des cadres persuadés d’être décontractés, des anciens camarades devenus méconnaissables et des gens qui commencent une anecdote sans savoir comment ils vont la terminer.

Son humour ne cherche pas nécessairement la cruauté. Il montre le ridicule sans retirer aux personnages leur humanité. Chez lui, l’agacement peut cohabiter avec une forme de tendresse.

Jérôme Commandeur
Hôtel Madame Rêve, 48 Rue du Louvre, 75001 Paris
Le 20/06/2022
Photo : Delphine Goldsztejn

De la radio au cinéma, sans changer de méthode

Né à Argenteuil en 1976, Jérôme Commandeur commence la radio à seulement 17 ans. Ce premier apprentissage explique probablement une partie de son style. Privé d’image, il doit créer les personnages uniquement avec la voix, les silences et les variations de rythme.

Après plusieurs expériences à la radio et à la télévision, sa rencontre avec Dany Boon en 2006 accélère son parcours. Séduit par son travail, ce dernier produit et met en scène son spectacle. Commandeur apparaît ensuite dans plusieurs de ses films, parmi lesquels Bienvenue chez les Ch’tisRien à déclarer et SupercondriaqueAlloCiné

Les rôles se multiplient dans les comédies françaises, mais il ne se contente pas de devenir le personnage secondaire que l’on appelle pour réveiller une scène. Il écrit, met en scène et commence à construire ses propres univers.

En 2016, il passe à la réalisation avec Ma famille t’adore déjà !, coréalisé avec Alan Corno. Six ans plus tard, Irréductiblelui permet d’affirmer une écriture plus personnelle. Il y incarne un fonctionnaire déterminé à résister à toutes les tentatives de l’administration pour supprimer son poste. La comédie remporte le Grand Prix du Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez en 2022. Le Parisien

Derrière l’absurdité du scénario se trouvait déjà l’un de ses sujets favoris : l’être humain capable de supporter les situations les plus inconfortables simplement pour ne pas reconnaître qu’il a eu tort.

T’as pas changé, ou la cinquantaine sans filtre nostalgique

Avec T’as pas changé, sorti en novembre 2025, Jérôme Commandeur s’intéresse à une génération confrontée à ses propres souvenirs.

Après la disparition d’un ancien camarade, plusieurs lycéens décident de réunir leur promotion trente ans après le baccalauréat. Laurent Lafitte, François Damiens, Vanessa Paradis et Commandeur incarnent des adultes qui arrivent à cette soirée avec une version soigneusement arrangée de leur existence.

Le film commence comme une déclaration d’amour aux années 1990, mais évite progressivement la simple collection de références nostalgiques. Les chansons, les vêtements et les vieilles photographies ne suffisent pas à retrouver la jeunesse. Ils obligent surtout les personnages à mesurer la distance entre ce qu’ils rêvaient de devenir et ce qu’ils sont réellement devenus.

Le public répond présent : avec environ 360 000 entrées lors de sa première semaine, le film prend la tête du box-office français devant Predator: BadlandsTF1 Info

Mais derrière la réussite populaire, le film révèle un Commandeur plus mélancolique. La mort, le temps qui passe, les rancunes anciennes et les vies conjugales imparfaites se glissent entre les scènes comiques.

Le rire n’efface plus l’angoisse. Il permet de rester assis à côté d’elle.

Une élégance particulière dans l’autodérision

En 2017, Jérôme Commandeur accepte l’une des missions les plus exposées du cinéma français : présenter la 42e cérémonie des César. Face à une salle remplie d’acteurs, de producteurs et de réalisateurs, il choisit une position qui lui correspond parfaitement. Il ne joue pas au maître absolu de la soirée. Il devient un homme légèrement dépassé par l’importance de ce qu’on lui a demandé.

Cette autodérision n’est pas un manque de confiance. Elle constitue une technique très précise. En se plaçant lui-même dans la zone du ridicule, il obtient la liberté de regarder les autres sans paraître leur donner une leçon.

C’est aussi ce qui le distingue dans un paysage humoristique de plus en plus frontal. Commandeur ne donne pas l’impression de vouloir avoir le dernier mot. Il préfère ajouter une remarque apparemment inutile, prolonger une imitation ou faire durer un malaise jusqu’à ce qu’il devienne irrésistible.

Revenir dans les petites salles pour recommencer

Son nouveau spectacle se construit loin des annonces grandioses. Les premières dates de Tente des trucs. Au cas où. ont notamment été présentées dans un café-théâtre de Saint-Galmier, devant un public proche de la scène. Les deux représentations de juin 2026 affichaient complet. Le KFT

Cette phase de recherche est révélatrice. Après avoir rempli de grandes salles et dirigé des vedettes de cinéma, Commandeur retourne dans des lieux où chaque silence devient audible. Il teste, retire, recommence et observe la réaction immédiate du public.

Le titre pourrait laisser croire à une improvisation permanente. Mais chez lui, l’apparente désinvolture repose sur une écriture minutieuse. Pour donner l’impression qu’une idée vient de surgir, il faut souvent l’avoir travaillée pendant des semaines.

Jérôme Commandeur possède aujourd’hui la reconnaissance, l’expérience et la liberté nécessaires pour répéter ce qu’il sait déjà faire.

Il choisit pourtant de tenter des trucs.

Au cas où l’un d’eux le surprendrait encore.

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